- 19 Avril 2026
- BCP
Groupe BCP : le banquier du Maroc profond reste prudent
Bénéfice net en hausse de 13 %, coefficient d'exploitation en recul constant, empreinte africaine qui pèse désormais 45 % du produit net bancaire : le Groupe BCP livre en 2025 des résultats solides qui confirment sa trajectoire de transformation. Reste un point de friction que les analystes scrutent de près.
Par Adil Hlimi - 3 min de lecture - Publié le 19 Avril 2026 à 12h35
Il existe au Maroc une banque que l'on ne présente pas toujours sous son vrai jour. Le Groupe BCP est en effet bien plus qu'un établissement de crédit classique. C'est un modèle coopératif, ancré dans le tissu économique local depuis des décennies, qui dessert aussi bien les grandes entreprises casablancaises que l'artisan de Béni Mellal ou le Marocain du Monde souhaitant envoyer de l'argent à sa famille.
En 2025, ce modèle continue de payer. Le produit net bancaire progresse de 5,4 % à 27 milliards de dirhams. Le résultat net consolidé bondit de 13,2 % à 5,6 milliards. La marge d'intérêt atteint 15,5 milliards de dirhams, en hausse de 6,1 %, portée par la dynamique commerciale au Maroc et dans les pays de présence. En six ans, le groupe a comprimé son coefficient d'exploitation de près de 15 points, une performance qui commence à se voir dans les résultats.
Cet indicateur, qui mesure la part des revenus consacrée aux frais de fonctionnement, est passé de 53,8 % en 2019 à 39,2 % en 2025. Une compression de près de 15 points en six ans, obtenue grâce à une maîtrise des charges générales (+4,2 % seulement sur l'exercice, soit 2,1 % à périmètre comparable) et à une base de revenus en expansion continue. En clair, la banque dépense proportionnellement de moins en moins pour générer chaque dirham de revenu.
L'autre grande histoire de BCP en 2025, c'est son empreinte africaine. Les filiales au Maroc et à l'international représentent désormais près de 45 % du produit net bancaire consolidé. Le groupe AMIFA, récemment intégré dans le périmètre de consolidation, illustre cette stratégie de diversification géographique patiente et méthodique, portée depuis plusieurs années. Dans les économies subsahariennes où BCP est présent, la demande de services bancaires reste structurellement sous-servie, un gisement de croissance à long terme que peu d'établissements sont en mesure de capter avec la même légitimité locale.
Sur le terrain commercial, BCP confirme sa position de premier collecteur d'épargne avec une part de marché de 24 % sur les dépôts et 20 % sur les crédits. Les ressources non rémunérées représentent désormais 79,2 % des dépôts de la Banque au Maroc, un ratio qui témoigne de la qualité de la base de collecte et d'un coût de ressources structurellement bas. Les crédits à l'équipement ont bénéficié d'une production additionnelle de 10 milliards sur l'exercice, en lien direct avec les grands chantiers d'infrastructure en cours.
Il reste cependant un point de vigilance que les analystes ne manquent pas de souligner : le coût du risque. Si son recul de 13,5 % à 5,4 milliards de dirhams constitue une bonne nouvelle, son niveau reste élevé en comparaison des pairs domestiques, reflet d'un profil de clientèle plus exposé aux très petites et moyennes entreprises et à des marchés africains encore en développement. Parallèlement, la Provision pour risques généraux a été renforcée à 7,9 milliards de dirhams, un signal de prudence assumé depuis des décennies par les différents dirigeants qui se sont succédé à la tête de la banque, qui préfèrent construire des matelas de sécurité plutôt que d'afficher une rentabilité maximisée à court terme.
Sur le plan digital, le groupe compte désormais 2,8 millions de clients équipés sur Pocket Bank, avec plus de 208 millions de connexions enregistrées sur l'exercice. Une progression qui accompagne la mue technologique de la banque et la fidélisation d'une clientèle de plus en plus mobile dans ses usages.
Le bilan d'ensemble de l'exercice 2025 dessine donc le portrait d'un groupe en mouvement, qui a su maintenir ses positions de référence au Maroc tout en continuant de déployer sa stratégie africaine. La prochaine étape sera celle de la normalisation du coût du risque, le principal levier de création de valeur que le marché attend encore de voir se matérialiser pleinement.
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