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CMT : retour aux fondamentaux

Le 21 avril 2026, la Compagnie Minière de Touissit a bouclé l'une des transitions actionnariales les plus laborieuses de la cote casablancaise. Avec la réalisation effective du transfert de 37,04 % du capital à Ayrad Group Limited, via l'acquisition de 100 % des parts d'OSEAD Fund, et le règlement simultané de l'ensemble des litiges pendants, CMT tourne définitivement la page d'un épisode de gouvernance qui aura pesé sur la valeur pendant plusieurs années.

Par Adil Hlimi - 4 min de lecture - Publié le 24 Avril 2026 à 07h55
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CMT : retour aux fondamentaux

47 millions de dollars encaissés, 2,3 milliards de dirhams effacés

Le dénouement va bien au-delà d'un simple changement d'actionnaire. Il s'accompagne d'un double apport financier concret. Les accords transactionnels conclus avec OMM et Shaba Metals LLC, filiales liées à l'ancien actionnaire SVL/Luc Gérard Nyafé, ont été définitivement réglés : 35 millions de dollars au titre du litige sur le prêt accordé en 2012, et 12 millions de dollars pour le différend relatif aux contrats d'offtake de 2024, soit 47 millions de dollars au total encaissés par CMT.

Parallèlement, le désistement déposé par l'Administration des Douanes et Impôts Indirects, au nom de l'Office des Changes, emporte extinction de la condamnation prononcée en novembre 2025 pour un montant de 2,3 Mds de  dirhams. CMT avait anticipé ce risque en provisionnant 200 millions de dirhams l'an dernier. L'écart entre provision et condamnation effective illustre l'ampleur du risque qui pesait sur le bilan et justifiait une importante prime de risque sur le titre. Sa disparition modifie dsormais substantiellement la lecture du dossier.

Prochaine étape formelle : le dépôt conjoint par Ayrad et la CIMR, qui détient déjà 16,12 % du capital, d'une demande d'autorisation auprès du Conseil de la Concurrence, préalable à la formalisation de leur prise de contrôle conjointe et au lancement d'une OPA obligatoire sur l'intégralité du flottant.

Retour aux fondamentaux 

Pendant que le feuilleton juridique occupait le premier plan, CMT réalisait discrètement une bonne année opérationnelle. Le chiffre d'affaires consolidé progresse de 18 % à 690 MDH, porté par une forte appréciation du cours de l'argent (+75 % sur l'exercice) et, dans une moindre mesure, par la hausse du zinc (+4 %). Des contraintes logistiques ponctuelles liées aux conditions météorologiques de fin d'année ont légèrement limité l'effet volume.

La rentabilité opérationnelle progresse encore plus vite que le chiffre d'affaires. Le résultat d'exploitation consolidé ressort à 388 MDH, en hausse de 30 %, pour une marge opérationnelle de 56 % contre 51 % en 2024. La maîtrise des coûts, engagée depuis l'arrivée d'Abdellah Mouttaqi à la direction générale en mars 2024, produit ses effets de manière visible.

Le résultat net consolidé atteint 196 MDH, contre -12 MDH un an plus tôt. Le retour à la profitabilité est net, et la capacité d'autofinancement sociale ressort à 264 MDH, signe d'une génération de cash robuste. Le bilan social affiche par ailleurs un fonds de roulement redevenu positif à 133 MDH, après une situation beaucoup plus tendue fin 2024.

Des projets de développement qui montent en puissance

Sur le plan industriel, 2025 a été marquée par la mise en production du nouveau puits d'Ighrem Aousser sur le site de Tighza, qui renforce la base productive du groupe. Le projet cuprifère de Tabaroucht, qui positionne CMT sur un métal stratégique de la transition énergétique, a franchi une étape clé avec l'approbation de l'étude d'impact environnemental, ouvrant la voie à l'étude de faisabilité. La certification des réserves du site de Tighza vient compléter ce dispositif en apportant une transparence supplémentaire sur la qualité des actifs miniers.

Le marché peut désormais raisonner autrement

Pendant de longs mois, CMT a été avant tout un dossier judiciaire et capitalistique. Les incertitudes sur la gouvernance, les risques de contentieux et les zones d'ombre sur l'actionnariat rendaient toute valorisation fondamentale précaire. Ce prisme est désormais derrière la valeur.

Ce qui reste, c'est une société minière profitable, dotée d'une marge d'exploitation parmi les plus élevées de la cote, exposée à des métaux en tendance favorable comme l'argent et le zinc et engagée dans une diversification cuivre à fort potentiel. Avec une nouvelle structure actionnariale stable, une direction opérationnelle en place depuis plus d'un an, et un bilan assaini, les conditions sont réunies pour que le marché réévalue CMT sur la base de ce qu'elle vaut industriellement.

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